
Par Morgan Richez, co-fondateur de Morgan & Mallet International, agence leader du placement de personnel de maison en France
Le logement de fonction fait partie des conditions d’emploi les plus mal encadrées dans le secteur du personnel de maison. Beaucoup d’employeurs le proposent comme une évidence, sans en formaliser les règles. Beaucoup de salariés l’acceptent sans en mesurer les implications. Or ce dispositif obéit à un cadre juridique précis, qui varie selon le profil du salarié, la nature du logement, et la façon dont il est mentionné dans le contrat.
Chez Morgan & Mallet International, nous plaçons chaque année des centaines d’employés de maison en France, nounous, couples de gardiens, majordomes, femme de chambres, gouverantes et autres. La question du logement de fonction revient dans presque toutes les négociations. Cet article rassemble les règles essentielles que tout employeur et tout salarié du secteur doit maîtriser.
Qu’est-ce qu’un logement de fonction pour le personnel de maison ?
Un logement de fonction est un logement mis à disposition par l’employeur à son salarié, en contrepartie ou en lien avec l’exercice de ses fonctions. Dans le secteur domestique, il prend généralement deux formes distinctes, qui n’ont pas le même régime juridique.
Le logement par nécessité absolue de service s’impose lorsque la présence du salarié sur les lieux est indispensable à l’exécution de sa mission, y compris hors des heures de travail normales. C’est le cas typique d’un couple de gardiens d’une propriété isolée, d’un majordome résident dans un hôtel particulier, ou d’une nounou en garde partagée vivant au domicile familial.
Le logement par commodité de service est accordé pour faciliter l’exercice de la mission, sans que la présence permanente soit strictement nécessaire. Il est plus courant pour une employée de maison qui habite loin du domicile de l’employeur, ou pour un personnel engagé sur une propriété de villégiature.
Cette distinction est fondamentale. Elle conditionne le calcul des avantages en nature, le régime fiscal, et les droits du salarié en cas de rupture du contrat.
Quelle convention collective s’applique ?
Le personnel de maison en France est régi par la Convention Collective Nationale des salariés du particulier employeur (CCN PE), publiée sous l’IDCC 2111. Cette convention encadre l’ensemble des conditions d’emploi, y compris le logement de fonction.
La CCN PE distingue plusieurs catégories de personnel, chacune avec ses propres règles en matière de logement :
- Employé de maison (catégorie A à E selon qualification)
- Assistante maternelle
- Salarié à emploi multiple (travaillant chez plusieurs employeurs)
Pour les gardes d’enfants et les nounous en résidence, la convention prévoit des clauses spécifiques concernant la chambre, l’accès aux parties communes, et les conditions de cohabitation. Pour les couples de gardiens, le contrat suit la même convention, mais la structure du logement, généralement une maison indépendante ou un appartement de service, fait l’objet de stipulations particulières.
Comment formaliser le logement dans le contrat de travail ?
La mise à disposition d’un logement doit obligatoirement figurer dans le contrat de travail. L’absence de clause écrite crée des zones d’ambiguïté préjudiciables aux deux parties.
Clauses indispensables à insérer
Le contrat doit préciser :
- La nature du logement (maison, appartement, chambre de service, studio indépendant)
- Sa localisation exacte et sa superficie
- Le caractère du logement : nécessité absolue ou commodité de service
- Les charges incluses : eau, électricité, chauffage, internet
- La valeur de l’avantage en nature retenue pour le calcul des cotisations sociales
- Les conditions d’entretien et de réparation : qui prend en charge quoi
- Les conditions de restitution du logement en cas de rupture du contrat
Un contrat bien rédigé protège l’employeur contre toute requalification du logement en bail d’habitation. Il protège le salarié contre une expulsion abusive.
Le cas du logement meublé
La grande majorité des logements de fonction dans le secteur domestique sont meublés. La convention collective précise que le mobilier doit permettre au salarié de mener une vie normale. Une chambre sans fenêtre, un studio sans équipement de base, ou un logement insalubre peuvent être invoqués par le salarié comme manquement à l’obligation de l’employeur.
« Mon conseil est clair sur la question du logement : certains employeurs, surtout en région parisienne, proposent encore des conditions indignes, sous-sol sans fenêtre, cave aménagée. C’est inadmissible. Le logement est un élément de la relation de confiance. Si vous voulez attirer les meilleurs candidats, vous devez offrir un logement décent, moderne, bien équipé, » souligne Morgan Richez, co-fondateur de Morgan & Mallet International.
Quel est le régime fiscal et social du logement de fonction ?
L’avantage en nature
Lorsqu’un employeur met un logement à disposition de son salarié, cela constitue un avantage en nature soumis à cotisations sociales. Son évaluation suit les règles fixées par l’URSSAF.
Évaluation forfaitaire : La méthode la plus courante dans le particulier employeur. Elle se base sur la rémunération brute du salarié et le nombre de pièces du logement, selon un barème URSSAF révisé chaque année. Par exemple, pour un salarié rémunéré entre 1 678,95 € et 2 006,70 € brut mensuel, la valeur forfaitaire d’une pièce est fixée à environ 75 € par mois en 2025.
Évaluation réelle : L’employeur peut aussi retenir la valeur locative réelle du logement, notamment lorsque le logement est situé dans un secteur où les loyers sont élevés (Paris intra-muros, Côte d’Azur, certaines stations de ski). Cette option est souvent plus favorable à l’employeur.
Les deux parties peuvent choisir la méthode la plus avantageuse, mais ce choix doit être arrêté avant la prise de poste et ne peut pas varier d’une année sur l’autre sans accord mutuel.
Imposition côté salarié
Du côté du salarié, l’avantage en nature est intégré dans la base imposable à l’impôt sur le revenu. Il s’ajoute au salaire net imposable, ce que beaucoup de candidats ignorent lors de la négociation.
Les règles spécifiques par profil de personnel
La nounou en résidence (garde à domicile)
La nounou qui réside au domicile de l’employeur occupe un statut particulier. Elle est présente dans l’espace privé de la famille, mais elle a droit à un espace de vie personnel, séparé de celui de l’employeur.
La convention collective prévoit que la chambre mise à sa disposition doit être :
- Indépendante de la chambre des enfants dont elle a la garde
- Dotée d’une serrure (droit à la vie privée)
- Suffisamment bien isolée phoniquement pour qu’elle puisse se reposer
Le temps de présence de la nounou dans le logement en dehors de ses heures de travail est du temps de repos. Il ne peut pas être assimilé à du travail effectif, sauf si elle est explicitement sollicitée, ce qui déclenche alors le paiement d’heures supplémentaires ou d’astreintes.
« La question des astreintes de nuit pour les nounous en résidence est souvent source de conflits. L’employeur pense que parce que la nounou est présente dans la maison, elle est disponible en permanence. C’est juridiquement faux. Chaque intervention nocturne doit être comptabilisée et rémunérée, » rappelle Morgan Richez.
Le couple de gardiens de propriété
Le couple de gardiens représente l’une des configurations les plus complexes du logement de fonction. Il s’agit ici de deux salariés — deux contrats distincts, deux fiches de paie, qui partagent un logement fourni par le même employeur.
Points de vigilance spécifiques :
Deux contrats, un seul logement. Les deux membres du couple doivent avoir chacun leur propre contrat de travail. Le logement est mentionné dans chaque contrat, avec une valeur d’avantage en nature répartie entre les deux (généralement 50/50, mais d’autres répartitions sont possibles).
La loge du gardien. Dans le cadre d’une grande propriété, le logement fourni est souvent une maison indépendante. L’état des lieux d’entrée est obligatoire et doit être joint aux contrats. Tout défaut structurel constaté à l’entrée, toiture, plomberie, électricité, relève de la responsabilité de l’employeur, pas des occupants.
La fin du contrat de l’un des membres. Si l’un des deux membres quitte ses fonctions, par licenciement, démission, ou décès, la situation du logement doit être précisément encadrée par les contrats. Sans clause spécifique, le maintien dans les lieux de l’ex-salarié peut créer une situation juridiquement inconfortable.
Selon les données de Morgan & Mallet International, 21 % des clients recherchant un couple de gardiens en France ne parviennent pas à pourvoir le poste, faute de candidats disponibles. La qualité du logement proposé est, avec le salaire, le premier critère de sélection des candidats.
« Quand nous présentons une propriété à un couple de gardiens, la première chose qu’ils demandent à voir, ce n’est pas le jardin ou la maison principale, c’est le logement qui leur est réservé. C’est leur chez-eux. Si c’est vieillot, humide, ou mal entretenu, le couple refuse, » témoigne Morgan Richez.
Le majordome logé
Le majordome résident cumule souvent les rôles de responsable de la maison, de valet personnel, et parfois de manager des autres membres du personnel. Son logement de fonction est presque toujours qualifié de nécessité absolue de service, en raison de sa disponibilité attendue.
Cette qualification a une conséquence juridique majeure : en cas de rupture du contrat, le majordome n’a pas de délai légal pour quitter le logement, contrairement à un locataire ordinaire. La restitution des clés est immédiate ou quasi-immédiate, sous réserve des délais convenus dans le contrat.
Il est impératif que le contrat du majordome précise :
- Le délai de restitution du logement en cas de départ (licenciement, démission, fin de CDD)
- Les conditions du déménagement (prise en charge des frais par l’employeur ?)
- Le sort des affaires personnelles en cas de litige
L’employé(e) de maison
Pour une employée de maison, gouvernante, femme de chambre, femme de ménage à temps plein, le logement de fonction est plus rare mais existe dans les grandes maisons. Lorsqu’il est proposé, il prend souvent la forme d’une chambre de service ou d’un studio attenant à la propriété.
Le régime de droit commun s’applique, mais avec un point d’attention : si l’employée travaille à temps partiel pour l’employeur tout en étant logée à l’année, le contrat doit expressément préciser les conditions d’occupation du logement en dehors des jours travaillés. Ce flou est source de nombreux contentieux.
Que se passe-t-il en cas de rupture du contrat ?
La rupture du contrat de travail entraîne en principe la fin du droit au logement de fonction. Mais les modalités concrètes dépendent du type de logement et des clauses contractuelles.
Logement par nécessité absolue de service
La jurisprudence est constante : le salarié doit quitter le logement dès la cessation effective de ses fonctions. Aucun délai légal n’est prévu par le Code du travail pour ce type de logement. En pratique, les parties négocient un délai raisonnable, en général de deux semaines à un mois, pour permettre au salarié de trouver une solution de relogement.
L’employeur qui accorde un délai trop généreux prend un risque : si le salarié ne quitte pas les lieux à l’échéance, il devra engager une procédure judiciaire d’expulsion, ce qui peut prendre plusieurs mois.
Logement par commodité de service
La situation est plus nuancée. Si le logement est qualifié de commodité, le salarié peut arguer d’un droit au maintien dans les lieux pendant la durée légale du préavis, voire au-delà. Pour éviter tout litige, il est recommandé d’inscrire dans le contrat une clause de résiliation express du droit au logement en cas de rupture du contrat.
L’indemnité de privation de logement
Lorsque l’employeur met fin au contrat et retire au salarié son logement, celui-ci peut prétendre à une indemnité compensatrice si le contrat ne prévoit pas de solution de remplacement. Son montant est calculé sur la base de la valeur locative du logement dans le marché local.
Quelles sont les obligations d’entretien de l’employeur ?
L’employeur est tenu de fournir un logement en bon état et de maintenir ce bon état tout au long de la durée du contrat. Cette obligation découle à la fois du Code civil et de la convention collective.
Concrètement, il doit :
- Prendre en charge les grosses réparations (toiture, façade, canalisations, chauffage central)
- Assurer la conformité du logement aux normes de décence (surface minimale, luminosité, absence de nuisibles, sécurité électrique)
- Réaliser un état des lieux contradictoire à l’entrée et à la sortie
Le salarié, de son côté, est responsable de l’entretien courant et des menues réparations locatives.
Quid du logement et des congés payés ?
Une question souvent posée : le salarié logé par son employeur conserve-t-il l’accès à son logement pendant ses congés payés ?
La réponse de principe est oui. Le salarié en congés payés reste salarié. Son droit au logement n’est pas suspendu pendant les périodes de congé. L’employeur ne peut pas lui demander de quitter le logement pendant ses vacances, sauf si la propriété est occupée par le principal pendant cette période et que le logement du salarié en fait partie intégrante.
Dans ce cas de figure, fréquent pour les gardiens de propriété en résidence secondaire, le contrat doit prévoir une solution de substitution : logement temporaire dans une autre dépendance, prise en charge d’un hébergement à l’extérieur, etc.
Chiffres clés du marché en France
Selon le rapport annuel 2026 de Morgan & Mallet International, les salaires du personnel de maison avec logement de fonction en France ont sensiblement progressé ces dernières années.
Pour un couple de gardiens en France, la rémunération nette minimale se situe désormais entre 4 500 € et 5 000 € par mois, logement inclus. « Quand Laurine et moi avons lancé l’agence, un couple de gardiens en France touchait entre 3 000 et 3 500 € net. Aujourd’hui, il faut compter au minimum 4 500 à 5 000 €. Le marché a évolué, les candidats ont le choix, » confirme Morgan Richez.
Pour un majordome résident à Paris ou dans les grandes métropoles, le salaire brut oscille entre 3 500 € et 5 500 € par mois, en dehors de l’avantage en nature logement.
Les erreurs les plus fréquentes des employeurs
Après dix ans de placements, Morgan & Mallet International a identifié les principales erreurs contractuelles en matière de logement de fonction :
Ne pas formaliser le logement dans le contrat. C’est l’erreur la plus commune. Beaucoup d’employeurs pensent qu’un accord verbal suffit. Il n’en est rien. En l’absence de clause écrite, un tribunal peut requalifier l’occupation en bail d’habitation, avec toutes les protections locatives que cela implique pour le salarié.
Sous-estimer la valeur de l’avantage en nature. Certains employeurs déclarent une valeur très basse pour réduire les charges sociales. Ce sous-évaluation expose l’employeur à un redressement URSSAF.
Oublier la clause de restitution du logement. Sans clause précise, la reprise du logement après rupture du contrat peut devenir un vrai parcours d’obstacles.
Confondre la chambre de service et le logement de fonction. Une chambre de service dans le domicile principal n’a pas le même régime qu’un appartement indépendant. Les droits du salarié et les obligations de l’employeur ne sont pas identiques.
Ce que recommande Morgan & Mallet International
Chaque placement réalisé par Morgan & Mallet International s’accompagne d’un accompagnement contractuel. Nous conseillons à nos clients de faire rédiger les contrats comportant un logement de fonction par un avocat spécialisé en droit du travail domestique ou par un expert-comptable familier de la convention collective du particulier employeur.
Nous recommandons systématiquement :
- Un état des lieux photographique à l’entrée, joint au contrat
- Une clause précise sur la valeur de l’avantage en nature et la méthode de calcul retenue
- Une clause de restitution avec délai défini et procédure d’expulsion en cas de litige
- Un inventaire du mobilier signé par les deux parties
- Une clause indiquant clairement qui prend en charge les charges locatives
« Le logement, c’est la clé de la relation sur le long terme. Un candidat qui se sent bien chez lui, qui a son espace, sa vie privée, il reste. Un candidat mal logé, il part au bout de six mois. Et dans notre secteur, le turnover est déjà un problème : la durée moyenne de présence d’un salarié dans une maison est passée de vingt ans à environ trois ans. Le logement joue un rôle dans cette évolution, » analyse Morgan Richez.
Pour aller plus loin
Les employeurs souhaitant approfondir ces questions peuvent consulter les textes suivants :
- Convention Collective Nationale des salariés du particulier employeur (IDCC 2111), disponible sur Légifrance
- Barème URSSAF des avantages en nature 2025, mis à jour chaque année en janvier
- Circulaire DSS 2003-07 du 7 janvier 2003, relative à l’évaluation des avantages en nature
- Guide pratique FEPEM (Fédération des Particuliers Employeurs de France), sur les obligations de l’employeur à domicile
Pour tout recrutement de personnel de maison en France avec logement de fonction, Morgan & Mallet International accompagne les familles de la définition du poste jusqu’à la finalisation contractuelle. Notre base de données compte plus de 200 000 candidats référencé, disponibles en France et à l’international.